• « Le Mont-Saint-Michel »

    J. Puel. – Positif en tondo sur papier «aristo» satiné, collé sur papier de Chine intermédiaire beige, lui-même collé au centre d'une cuvette circulaire sur un carton support blanc carré. - Titre par l'auteur au crayon sur le carton support et signé de même le long du bord inférieur droit de la photographie, les deux inscriptions sont presque effacées par l'humidité. - format photo : 12 x 12 cm. - Format papier intermédiaire : 12,7 x 12,5 cm. - Format carton support : 17,9 x 17,9 cm. - Négatif d'origine sur plaque de verre au gélatino-bromure d'argent.

                 Puel nous présente ici une vue matinale du Mont prise, depuis la grève à marée basse, en direction de l'ouest, il offre à notre regard son flanc est avec le chevet de l'abbatiale et, sur la gauche, la digue. Le Mont se reflète sur l'eau saumâtre de la grève en ce jour d'été. La solarisation du ciel est complète et celui-ci ne présente, de ce fait, aucun nuage. L'éclairage vient de derrière le photographe et donne des valeurs très douces.

                Il centre sa prise de vue afin que le Mont et son reflet sur la grève humide forment une composition en losange à angles vifs, adoucie par la forme de tondo que Puel a choisie pour sa photographie. Il n'a pas désiré de présence humaine comme ont pu le faire ses concurrents, Ordinaire et Neurdein, pour ne citer que ceux-ci.

                Les moindres détails sont perceptibles, ainsi aperçoit-on les échafaudages des restaurations effectuées par Paul Gout[7] sur son flanc gauche. La flèche du Mont est construite et le grand bâtiment du musée, situé sous le Saut Gautier, n'a pas encore disparu . Une grande maison vient d'être ravalée de frais et arbore une façade d'un blanc éclatant sur laquelle on peut lire «Dépendance / Hôtel», il s'agit de la dépendance de l'hôtel Poullard aîné appelée «Hôtel Saint-Michel»[8] et surnommée «Maison Blanche». Ce blanc lumineux attire notre regard irrésistiblement. Entre le Musée et l'hôtel Saint-Michel, l'autre grand bâtiment sombre appelé la «Maison rouge», est aussi une dépendance de l'hôtel Poullard aîné, derrière laquelle on accédait au musée.

                Cette photographie présente dans sa partie inférieure une légère imperfection due à quelques bulles restées dans la gélatine du négatif au moment où Puel étendait cette dernière sur la plaque de verre lors de sa préparation.

                Ce positif[9] est tiré sur papier aristotype[10] satiné, comme la plupart des positifs retrouvés de Puel. Un autre cliché du Mont pris par lui, peut-être le même jour, existe mais à l'état de reproduction phototypique dans le dépliant publicitaire de l'Agence Dardanne. Cette vue est prise plus à l'Est, mais la petitesse de la reproduction ne permet pas une comparaison plus approfondie. Sa première série de cartes postales présente une vue similaire prise, sous le même angle, de plus prés, pendant l'hiver et peut-être la même année. Enfin une carte qu'il édite avec l'édition spéciale à l'Abbaye numéro 22, reprend exactement le même point de vue, très légèrement décalé vers la gauche, avec le même parti pris du Mont, seul, avec son reflet, sur l'immensité de la grève.

                Ce cliché fut réutilisé sur une carte lettre éditée après 1911, ainsi qu’à la p.40 du fascicule édité par le Syndicat d’Initiative vers 1913, écrit par MM.Coste et Adam.

    Chronologie de Jean Puel

    10 octobre 1862 : Naissance de Jean Marie Puel à Granville, rue Saint-Jean dans la Haute-Ville, il est fils de Jean Marie Puel et de Félicité Chaumont.

    19 juillet 1867 : Jean Marie Puel, né le 30 août 1830 à Granville, père de notre photographe, marin, trouve la mort lors d'une campagne de pêche sur les grands bancs de Terre-Neuve à bord du brick goélette «l'Aimable Marie» commandé par M. Touzé par 46° 1' de latitude Nord et 52° 20' de longitude Ouest du méridien de Paris.

    1882 : Il quitte Granville et devient employé de commerce à Paris

    23 juin 1885 : Il est signalé comme résidant au 144 de la rue de Rennes dans le VIe arrondissement.

    30 avril 1887 : Âgé de 24 ans et exerçant la profession de caissier, il se marie, à la mairie du VIIIe arrondissement, avec Jeanne Elisa Marie Novince, employée de commerce résidant chez sa mère au 41, rue du Général Foy. Cette jeune femme de vingt ans est originaire d'Avranches, où elle est née le 24 août 1866. Ils vivent 11, rue Bréa dans le VIe arrondissement.

    26 janvier 1888 : Ils résident au numéro 18 de la rue de l'Arrivée dans le XVe arrondissement.

    11 mars 1888 : On les retrouve au 11, rue Bréa dans le VIe arrondissement.

    11 juin 1889 : Naissance de leur fils Henri Eugène, ils ont réintégré le 18, rue de l'Arrivée. Il est caissier

    1896 et 1897 : Il devient membre, éphémère, de la Société d'Excursion des Amateurs de Photographie. Le bulletin de la Société d'Excursion des Amateurs de Photographie mentionne, durant cette période pour Puel, l'adresse du 58, rue du Montparnasse dans le XIVe arrondissement.

    24 novembre 1896 : Il signe la feuille de présence à la séance de la dite société qui se tenait 76, rue des Petits-Champs à 8h.et demie du soir. Au cours de cette soirée il présente : «Projection de Puel : Dieppe et le Tréport».

    23 février 1897 : Il signe la feuille de présence de cette séance mais ne présente aucune photographie.

    30 mars 1897 : Il est encore cité pour cette séance où il est dit que «M. Puel présente une projection de vues des Iles Chausey».

    21 juillet 1901 : Il réside au numéro 5 de la rue Gambetta à Clamart.

    23 avril 1903 : Installation à Granville 143, rue des Juifs où il ouvre «la Photographie de la plage», atelier photographique qu'il ne quittera qu'en 1920.

    26 décembre 1903 : Paraît sa première publicité dans le n°2167 du journal «Le Granvillais».

    1904 à 1913 : Apogée de ses activités photographiques.

    1905 : Il est membre fondateur de la «Société d'Etudes Historiques et Economiques : Le Pays de Granville », jusqu'à sa mort en 1928. Il illustre les «Guide de Granville et de ses environs» de R. du Vorsent édités par la Société en 1905 et 1907.

    1905 à 1910 : Fourchette de dates dans laquelle il a effectué les prises de vue des photographies d’art.

    1906 : Il photographie les inventaires de l’église Notre-Dame

    1er juillet 1906 : Il participe et photographie l’excursion de la société à «St-Planchers, le Manoir de Loisellière St-Aubin-des-Préaux, la Vallée du Thar».

    1907 ou 1908 : Il photographie la deuxième promenade au château de Chanteloup.

    26 juillet 1909 : Il est mentionné dans la promenade de la société à l'abbaye de la Lucerne.

    30 mai 1908 : Il adhère au nouveau Syndicat d'Initiative Granvillais. Il collabore en 1908, 1910 et 1913 à l'illustration des livrets-guides du touriste édités par cette organisation ainsi que des cartes lettres dépliantes et des timbres « fantaisies ».

    13 août 1910 au dimanche 16 octobre 1910 : Il participe à l'exposition industrielle et commerciale d'Avranches, sous le hall du haras situé boulevard du Sud ; son travail sera reconnu par l'obtention du diplôme de médaille d'or

    1914 : Il photographie le départ des soldats pour la guerre.

    7 mai 1920 : Vente de son magasin de photographie 143, rue Georges Clemenceau à M René-Louis Serrand.

    1920 à 1924 : Il continue de vendre des produits photographiques au 145, rue Georges Clemenceau.

    11 mars 1928 : Décès de Jean Puel 17, rue Lecarpentier.


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  • [« Tour Ouest du château de Gratot »]

                 J. Puel. - Positif sur papier «aristo» satiné, collé sur papier de Chine intermédiaire beige, collé lui-même au centre d'une cuvette rectangulaire aux angles arrondis d'un carton support beige rectangulaire. - Gros problème d'humidité sur le carton support avec résidus de papier resté collé sur celui-ci. - Signature gaufrée en bas à gauche sur le carton support ainsi qu'à droite son adresse commerciale : 143, Rue des Juifs / GRANVILLE. - Photo non titrée. - Format photo : 14,3 x 10 cm. - Format papier intermédiaire : 15,1 x 10,6 cm. - Format carton support : 23,7 x 17,6 cm. - Négatif d'origine sur plaque de verre au gélatino-bromure d'argent.

                Pas de premier plan aquatique ici, mais une berge herbue, derrière laquelle se repose, l'eau stagnante des douves, recouverte de lentille d'eau, au pied de la tour en ruine. C'est un éclairage latéral diffus de fin d'après-midi ; la vue est prise vers le sud-ouest en direction de l'église et de son clocher. Nous sommes au printemps car l'herbe de la berge est couverte de fleurs des champs.

                Composition verticale où Puel joue avec les lignes de la tour en ruine, ces dernières font écho aux lignes du clocher, elles mêmes amenées par celles des arbres à droite. Les berges des fossés viennent contrarier ce dialogue de correspondances secrètes.

                L'émulsion présente quelques avaries d'humidité, d'où des manques sur les bords latéraux gauche et droit, ainsi que dans le centre de la photo près de la maison au toit de chaume. La photographie est parsemée de taches verdâtres dans sa partie inférieure, dues à un mauvais rinçage[6] après fixation.

                Pourquoi Puel n'a-t-il pas photographié la façade principale de ce château des marquis d'Argouges? Du moins ne figure-t-elle pas dans le panneau du Syndicat d'Initiative.

     


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  • « Iles Chausey - La Grande Ile »

                 Cliché J. Puel. - Positif sur papier «aristo» satiné, collé sur papier de Chine intermédiaire beige, lui-même collé au centre d'une cuvette rectangulaire aux angles arrondis d'un carton support blanc rectangulaire. - Tache d'humidité sur la partie supérieure du carton. - Signature au crayon sous l'angle inférieur gauche de la photographie. - Titre au crayon sur la partie inférieure du carton support de la main de l'auteur. - Format photo : 11,3 x 16,1 cm. - Format papier intermédiaire : 12 x 17 cm. - Format carton support : 17,9 x 24 cm. - Négatif d'origine sur plaque de verre au gélatino-bromure d'argent.

                 Superbe «Marine», vue de Chausey en direction du sud-est par un temps gris et nuageux, la marée est basse car certains bateaux à droite sont à cale sèche.

                Au premier plan des rochers couverts de goémon donnent de la profondeur à l'image et nous invitent à y entrer.

                Sur l'eau un doris s'est arrêté, le pêcheur a relevé la godille, il transporte un passager qui n'est pas un pêcheur : c'est un citadin avec casquette de ville et gros veston de laine ; est-ce Puel?  certains détails nous le laissent penser, le doris n'est pas trop éloigné de l'appareil afin de revenir rapidement enlever la plaque, et le passager fixe intensément l'objectif, de plus, les photographes ont souvent eu l'habitude de se photographier dans les lieux qu'ils affectionnaient. Mais rien ne nous le prouve.

                Sur l'île on distingue nettement de gauche à droite : l'hôtel Moulin, reconnaissable à son absence de toit, le phare, la maison blanche du capitaine, la chapelle des carriers, les toits du village des Blainvillais, et enfin l'hôtel des Iles. Les bateaux au mouillage à gauche, sous les pins maritimes qui jouxtent la «Pyramide», de par l'éloignement sont plus difficiles à identifier. Le bateau blanc ressemble au bateau le «Mont-Saint-Michel», et le noir en partie caché par le premier est peut-être le «Ville de Paimpol». On aperçoit aussi la cale que Puel avait intitulée dans la carte postale des Iles Chausey n°12 : «ILES CHAUSEY. - La cale de débarquement de la «Ville de Paimpol »», ce qui confirmerait la présence de ce navire sur la photographie.

                La composition est nettement horizontale, Puel fait alterner les zones sombres et les zones plus claires de manière à équilibrer l'image dont la dominante grise rend palpable l'humidité de l'atmosphère.

                La photographie dans son état physique présente un miroir d'argent dans l'angle inférieur droit, une tache jaunâtre dans la partie supérieure gauche, trois taches d'un liquide brun étalé ; enfin quelques imperfections sur le négatif, dues à quelques bulles dans la gélatine, transparaissent sur le positif, essentiellement sous le doris et devant celui-ci, se traduisant par des manques blanchâtres.

                Ah! j'oubliais, un cheveu de Puel sur le négatif apparaît entre les deux rochers de droite (une relique de l'artiste).

                Ce cliché fut utilisé dans le fascicule du Syndicat d’Initiative de 1913 p.73, sur les dépliants du Syndicat d'Initiative ainsi que sur un timbre fantaisie de couleur verte. Un autre cliché fut pris le même jour car une carte postale en fut tirée, la prise de vue est légèrement différente par son cadrage, pris plus vers la droite, de plus, le citadin s'est levé (une carte existe, éditée par Serrand).


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  • « L'Abbaye de la Lucerne »

                 Cliché J. Puel. - Positif sur papier «aristo» satiné, collé sur papier de Chine intermédiaire beige, lui-même collé au centre d'une cuvette rectangulaire aux angles arrondis d'un carton support blanc rectangulaire. - Signature au crayon sur le carton support sous l'angle inférieur gauche de la photographie. - Signature en partie effacée par l'humidité. - Titre au crayon par l'auteur sur le carton support. - Format photo : 11,4 x 16,4 cm. - Format papier intermédiaire : 12 x 17 cm. - Format du carton support : 17,9 x 23,9 cm. - Négatif d'origine au gélatino-bromure d'argent sur plaque de verre.

                C'est une belle vue automnale de l'abbaye dans la vallée du Thar, en direction du nord-est, qui illustrerait fort bien cette description de Le Héricher : «...au milieu de riantes prairies, couronnées par la forêt, repose dans une attitude calme et méditative, l'abbaye de la Lucerne»[5].

                Puel a choisi une composition horizontale soulignée en profondeur par les arbres du premier plan qui encadrent le sujet et conduisent ainsi le regard sur le village situé dans l'arrière-plan. La verticalité des troncs vient rompre la monotonie des horizontales composant l'ensemble. Les arbres commencent à perdre leurs feuilles et tranquillement quelques vaches paissent dans la prairie jouxtant l'Abbaye.

                La prise de vue est centrée sur le clocher roman de l'abbatiale, le ciel est encore solarisé et ne présente aucun nuage. L'éclairage vient de la gauche donc de l'ouest, du soleil couchant, formant de grandes masses d'ombre qui contrebalancent les plages immenses du ciel sur lequel se découpent les branches des arbres. Le tout baigne dans une luminosité aux valeurs de contraste très douces.

                Cette photographie est parue dans le premier dépliant vert du Syndicat d'Initiative (N°13), dans le second dépliant vert et, enfin, dans le dépliant rouge. Cette image a été éditée en carte postale : «7 ABBAYE DE LA LUCERNE. - Vue générale».


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  • « Cérences - Bords de la Sienne »

                 Cliché J. Puel. - Positif sur papier «aristo» satiné, collé sur papier de Chine intermédiaire beige, lui-même collé au centre d'une cuvette rectangulaire aux angles arrondis d'un carton support blanc rectangulaire. - Signature au crayon sur carton support sous l'angle inférieur gauche de la photo. - Titre à l'encre sur le bord inférieur de l'émulsion de la main de l'auteur. - Format photo : 11,3 x 16,2 cm. - Format papier intermédiaire : 12 x 17 cm. - Format carton support : 17,9 x 24 cm. - Négatif d'origine sur plaque de verre au gélatino-bromure d'argent.

                Paysage des bords de la Sienne au printemps, pris en direction de l'aval du courant, donc depuis la rive droite. Les arbres sont pratiquement tous couverts de leur feuillage, l'eau paraît haute et le courant relativement rapide.

                Ici, aucune construction, aucun être humain, rien que la nature à reproduire en deux dimensions. Puel a très bien réussi à rendre la profondeur avec ce premier plan d'iris d'eau et cette barrière végétale que forment les arbres à droite qui vont en s'amenuisant dans l'effet de perspective.

                Toutes les lignes de la composition convergent vers la colline du fond qui ferme la vue ; la ligne des arbres à droite, les berges et la rivière qui en formant une boucle vers la gauche semblent y disparaître.

                Le ciel vide se mire dans l'eau de la Sienne et sa masse claire est équilibrée par la tache sombre des arbres et de leur reflet. Le site est éclairé de l'arrière gauche et donne des valeurs douces à l'ensemble.

                L'émulsion présente un miroir d'argent dans la partie droite de la photographie, qui ne gêne en rien la vision.


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